dimanche 8 janvier 2017

Acheter des cosmétiques étrangers : ce qu’il faut savoir

Bonjour les Bridget !

Pas de papotage autour d’un produit aujourd’hui, mais l’envie d’attirer votre attention sur les produits cosmétiques qui ne sont pas made in France. En effet, les règles ne sont pas les mêmes partout en matière de législation et il est facile de se laisser piéger alors que l’on pense en toute bonne foi acheter un produit naturel.

1°) L’importance de l’INCI

L’INCI, autrement dit International Nomenclature of Cosmetics Ingredients, c’est la liste des ingrédients que l’on trouve écrite plus ou moins gros et/ou visible sur le produit (vous savez ? écrite en blanc sur fond transparent, top pour s’abîmer les yeux !). Elle est obligatoire. Malheureusement, la consommatrice peut se sentir rapidement dépassée quand elle essaye de déchiffrer cette laborieuse liste mêlant du latin, de l’anglais et du vocabulaire spécifique à la chimie… Néanmoins, sachez qu’il y a deux principes de base pour la liste INCI d’un produit français :

Exemple d'une liste INCI 
- tous les ingrédients sont mentionnés sans exception – il y a même la mention des particules potentiellement allergisantes à la fin de la liste.

Les particules potentiellement allergisantes sont ici pour la plupart issues des huiles essentielles
- les ingrédients sont classés par ordre décroissant (du plus important au moins important en quantité donc). Cependant, tous les ingrédients présents à moins de 1% dans la formule peuvent être listés à la fin dans l’ordre que l’on veut. Prenons l’exemple fictif d’une crème à l’extrait de clémentine (0.9 %) et de protéines de soie (0.000001 %) : vous pouvez parfaitement les trouver mentionnés dans l’ordre suivant, à savoir d’abord les protéines de soie puis l’extrait de clémentine.

2°) Une législation différente UE et hors UE

Malheureusement, ces deux principes de base ne sont pas valables partout… Si vous achetez un cosmétique français ou fabriqué dans un pays de l’UE, alors pas de souci. Mais là où ça se corse, c’est lorsque vous achetez un produit asiatique ou américain par exemple. Eh oui, la législation est différente dans ces contrées ! Et cela se traduit souvent par ce que l’on appelle des « listes INCI tronquées », c’est-à-dire incomplètes. C’est notamment le cas pour les Etats-Unis. Certains ingrédients ne seront ainsi pas mentionnés, parce qu’ils sont dosés en-dessous d’un certain seuil. C’est parfaitement légal là-bas. Et bien évidemment, les industriels vont s’ingénier à faire disparaître des ingrédients qui pourraient rebuter certaines consommatrices, ou entacher l’image verte et naturelle que l’on veut donner à un produit… 

Trois types d’ingrédients sont particulièrement concernés :

- les émulsifiants : si dans une formule, il y a de l’eau (même de l’eau florale) et de l’huile (minérale ou végétale), il faut un émulsifiant pour qu’elles se mélangent et éviter que le produit ne déphase. Parfois, même, il en faut deux. Pourtant, il n’est pas rare de trouver seulement un co-émulsifiant (qui ne peut agir seul, c’est impossible) voire aucun émulsifiant du tout !
N’oubliez jamais : eau + huile = utilisation obligatoire d’un émulsifiant avec parfois en complément un co-émulsifiant.

Aqua, Herbal Infusion of Aloe Barbadensis Leaf Extract, Camelia Sinensis (Green Tea) Leaf Extract, Rosmarinus Officinalis (Rosemary) Leaf Extract, Robus Ideous (Raspberry) Leaf Extract, Coco Betain, Glycerin, Sodium Chloride (Sea Salt), Saccharum Officinarum (Molasses) Extract, Glycine, Oenocarpus Bataua (Rahua Ungurahua) Oil, Bursera Graveolens (Palo Santo) Oil, Hydrolyzed Quinoa, Panthenol, Potassium Sorbate (plant derived), Tocopherol (Vitamin E), Citric Acid.

Voilà l'exemple typique d'une formule INCI incomplète : il y a de l'eau et de l'huile dans la composition, mais pas d'émulsifiant mentionné pour les mélanger... ce qui est impossible ! Il s'agit d'un shampoing de marque américaine présentée comme naturelle... Mais comment lui faire confiance puisque tous les ingrédients ne sont pas mentionnés ? Nous cache-t-elle d'autres choses ?

- les tensio-actifs : ils sont à l’origine de la mousse que l’on aime tant. Plus le tensio-actif mousse, plus il est agressif. Donc méfiance quand le produit exotique prétexte l’absence de tensio-actifs agressifs tout en générant une mousse très abondante.

- les conservateurs : dès qu’il y a de l’eau, il faut un conservateur. Car c’est grâce à l’eau que les bactéries peuvent se développer. Et là c’est assez drôle : certaines marques voudraient faire croire que la simple vitamine E, qui évite aux beurres et huiles de rancir, est suffisante pour conserver sur du long terme, de même que l’emploi de certaines huiles essentielles. Non et non. Il faut un conservateur, même s’il est synthétique. Certains ont été décriés, comme les parabens, et actuellement la méthylisothiazolinone. L’hypocrisie que l’on repère sur certaines étiquettes – et même en France, hélas – c’est de les retrouver sous d’autres appellations. Car oui : un ingrédient peut avoir deux, voire trois noms différents ! De quoi s’arracher les cheveux, j’en conviens… Un exemple ? Les parabens peuvent être inscrits sous le nom "parahydroxybenzoate". Vicieux, hein ?

Coucou Ben ! (et trouvé sur un spray nasal !!!)
Il faut aussi se méfier des allégations : ce n’est pas parce que 75% des ingrédients utilisés dans la formule sont bio et/ou naturels, que les 25% restants sont sains. Quand vous lisez que 100% des ingrédients-clés sont naturels, cela signifie que les autres ingrédients « non-clés » ne le sont pas. De même, certains ingrédients transformés chimiquement mais issus d’un végétal seront présentés comme naturels... Les industriels jouent sur les mots et cultivent une certaine ambiguïté qui induit les acheteurs en erreur. 

3°) Ce n’est pas parce que c’est vendu sur un site bio, que le produit l’est (bio) !

Enfin, et malheureusement, acheter sur des sites bio ne garantit pas toujours d’être prémuni(e) contre ce problème, à plus forte raison s’il s’agit de sites étrangers du type i-herb qui proposent de nombreux produits aux législations très différentes de la nôtre. Il peut arriver qu’un e-shop européen pense vendre en toute bonne foi un produit naturel venu de contrées lointaines, alors qu’il ne l’est pas, à cause de cette satanée liste INCI tronquée.

Pour résumer : si vous voulez vous prémunir de mauvaises surprises et si vous n’êtes pas encore suffisamment rompues à l’exercice de l’analyse d’étiquettes INCI, mieux vaut acheter des produits cosmétiques fabriqués dans la zone UE. La France, l’Allemagne, l’Italie… regorgent de marques qui valent le détour ! Mais pour le cas de la Grande-Bretagne et du Brexit, je ne saurais dire si ces règles s’appliquent aussi.

A vous les studios ! Avez-vous l’habitude d’acheter des produits cosmétiques de marque étrangère ? De commander sur des sites étrangers ?  

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